Faire de la randonnée au Kurdistan, visiter des musées à Kaboul, faire du shopping en plein Bagdad… Pourquoi les Tour Opérateurs s’aventurent-ils dans les coins les plus infréquentables ? Les risques sont-ils maîtrisés ? Comment organisent-ils ce genre de périples ? Enquête au cœur du système des voyagistes de l’extrême.
«Si nous décidons d’organiser un voyage dans un pays, c’est que nous avons tous les éléments permettant d’assurer totalement la sécurité des voyageurs». affirme Hubert Debbasch, PDG de Terre Entière. Son agence de voyages organise depuis des années des circuits dans des destinations à risques. Elle est à ce jour la seule à en proposer en Irak. «Nous avons une connaissance du terrain très précise», affirme-t-il.
A rendre jaloux les gens du Quai d’Orsay
Les touristes partent à la découverte de l’Irak, le berceau des cultures. Un voyage de 10 jours pour 2500 euros. La raison? Les prestations hôtelières sont rares et la vie est assez chère. «Ce n’est en pas lié à des questions de sécurité», ajoute M. Debbasch. Hormis les frontières avec la Turquie, son agence propose de visiter tout le Kurdistan. Depuis quelques mois, Terre Entière organise également des voyages dans le Sud de l’Irak, à Bagdad et dans tous les sites archéologiques Sumériens. «La seule région dans laquelle nous ne nous y rendons pas, c’est Mossoul», explique le directeur de Terre Entière qui considère que «le danger principal de l’Irak ce n’est pas le terrorisme, mais la chaleur».
Le voyagiste passe outre les recommandations du Quai d’Orsay. «A l’approche d’un voyage en Irak et Kurdistan, je reçois une lettre incendiaire», explique-t-il. Conscient que cette destination est «délicate», il assure cependant que les conditions et les moyens déployés pour organiser un séjour dans un pays à risques offrent toutes les garanties nécessaires aux touristes.
Le Ministère des Affaires étrangères que nous avons joint par téléphone considère «qu’emmener des touristes dans des pays où les prises d’otages, attentats, explosion de mines, c’est une folie pure. Les dangers multiples qui guettent les touristes français sont multiples. Ces tours opérateurs n’ont pas conscience du danger».
Pendant les déplacements, «une quinzaine de militaires ou policiers» accompagnent les voyageurs. Avec ses collaborateurs, (Hubert Debbash possède une agence sur place avec des Chrétiens, des Musulmans, Chiites et Sunnites) il sillonne depuis des années le terrain et fréquente toutes les régions du pays. « Nous avons une connaissance intime du terrain, connaissance à rendre jaloux certains services du quai d’Orsay qui ne l’ont pas. Ils ont peur. C’est pour eux un terrain miné car ils restent enfermés dans leur tour d’ivoire où sortent en voitures blindées», souligne-t-il.
Ses critiques s’adressent principalement à Denis Gauer, l’ambassadeur de France en Irak. Pour M. Debbash, le successeur de Boris Boillon est «frileux et irresponsable» et a un double langage, entre «la volonté d’encourager l’investissement des Français en Irak et en même temps la peur dès qu’une personne comme moi s’investit».
L’Egypte reste la destination préférée des Français
Un manque d’objectivité du Quai d’Orsay ? En tout cas, le PDG de Terre Entière trouve le ministère des Affaires étrangères particulièrement sévère pour certains pays. Le voyagiste affirme que le Quai d’Orsay ne déconseille pas les voyages en Egypte car il y a des intérêts d’ordres économiques et politiques. «La France a peur d’abîmer ses relations avec l’Egypte. Les conseils aux voyageurs ont toujours été très soft alors que l’Irak, on se dit qu’il n’y a pas trop de business de tourisme de ce côté là, et on écrit des pages de mises en garde».
Toutefois, si Terre Entière continue d’organiser des séjours en Egypte, la prudence est de mise tant la situation reste instable. «Nous sommes très vigilants et nous n’emmenons pas de groupes place Tahrir actuellement. Certaines visites comme le magnifique musée archéologique du Caire sont annulées.» 
D’autres agences de voyages comme Seletour proposent également des circuits en Egypte. Elle propose de découvrir les grands sites touristiques comme la mer rouge et la Vallée du Nil. (Forfait à 1500 euros pour dix jours). Pour Magali Delbergue, conseiller voyages « l’Egypte reste la destination préférée des Français et les gens veulent toujours y aller malgré les mises en gardes». Elle assure néanmoins que l’agence consulte toujours le Snav (Syndicat national des agences de voyage) et le Quai d’Orsay avant d’envoyer des voyageurs.
Pourquoi certains touristes préfèrent-ils des destinations plus exposées que les canaux de Venise ou les plages des Seychelles ?
«Dans un monde où plus rien n’est inconnu, les pays bouleversés par la guerre ou une catastrophe naturelle offrent du jamais-vu», explique l’anthropologue Jean-Didier Urbain (auteur du Voyage était presque parfait). «Le voyage est une façon de se distinguer, le coefficient de dangerosité et de rareté faisant l’intensité de l’expérience», ajoute-t-il.
Soucieux de canaliser une tendance qui peut avoir de graves conséquences (enlèvements, accidents, blessures…), le ministère des Affaires étrangères a inclus dans la loi du 27 juillet 2010 deux articles prévoyant la possibilité «d’exiger le remboursement de tout ou partie des dépenses» engagées en cas d’opérations de secours à l’étranger. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait alors justifié cette disposition en expliquant que ses services «communiquaient (aux agences de voyages) les informations dont nous disposons sur les pays à risque». Hubert Debbasch est opposé à cette loi car, dit-il, elle n’a aucun sens. «Nous n’avons jamais de problèmes car nous savons assurer la sécurité de nos voyageurs», lance-t-il en restant assez vague. En réalité les sociétés d’assurance acceptent de couvrir ces voyages à risques, en limitant l’intervention au site de l’aéroport.
Lybie, Syrie et Afghanistan
Régions sous hautes tensions, affrontements armés, instabilités…. La situation sécuritaire en Lybie est alarmante et contraint les agences de voyages à ne plus organiser de circuits dans ce secteur. Le directeur de l’agence Terre Entière, a complètement arrêté car «il faudra plusieurs années pour la Lybie retrouvent une forme de stabilité», reconnait-il.
Concernant la Syrie, le voyagiste évoque une question de déontologie : « Faire découvrir un pays qui vie ce drame dans lequel chaque jour des militants sont tués pour leur opposition au régime, ça me semblerait totalement indécent», dit-il.
Les voyages en Afghanistan sont fortement déconseillés et les visas sont difficiles à obtenir. L’ambassade de Paris en accorde seulement pour des missions officielles ou professionnelles sous réserve d’une autorisation préalable du Ministère des Affaires Etrangères afghan. Les agences de voyages comme Explorator refusent d’organiser des séjours au pays des Talibans : « Le dernier voyage que nous avons organisé remonte à 2006. Aujourd’hui, c’est exclu car c’est de la folie. On n’enverra pas nos clients sachant tout ce qui s’y passe « .
Pourtant, l’Afghanistan se reconstruit lentement et la volonté du gouvernement afghan est de revigorer le tourisme. «Nous faisons des efforts pour revigorer le tourisme en Afghanistan. La reconstruction des vieux châteaux, des sites historiques et la préservation des sites archéologiques a déjà commencé», a indiqué le directeur du département de tourisme Syed Zamanudin Baha. «Avec l’aide du gouvernement et du secteur privé, plus de 100 hôtels et maisons d’hôtes ont déjà été construits à travers le pays et quelque 10 000 visas ont été délivrés aux touristes étrangers l’année dernière.» a-t-il fait savoir.
La province de Bamiyan, l’une des plus sûrs de l’Afghanistan, est considérée comme un modèle à suivre pour le reste du pays.
Constante de Bonnaventure, journaliste indépendante et spécialiste de la question n’est pas de cet avis. « Je ne crois pas que la volonté actuelle du gouvernement soit de revigorer le tourisme, indique-t-elle. On en est loin. Les priorités sont ailleurs. Et si de temps en temps, le tourisme est évoqué c’est surtout pour essayer de donner une autre image du pays. Mais il n’y a pas de programme particulier. Je ne crois pas que le tourisme reparte de sitôt ».
«Nos voyageurs nous font confiance et savent que si nous leur proposons un voyage dans ce pays, nous assurerons leur sécurité», lance Debbasch. N’en déplaise au Quai d’Orsay….
Sébastien Bonan










je trouve ça incroyable, mais en fait c une tendance. ca a commencé avc des destinations qui avait l’air chelou comme le kazakztan et des pays comme ça. Maintenant, c carrément bagdad. Les gens en ont marre d’aller toujours aux même endroits
On retouve des gens à beyrouth mais c bcp de Libanais d’origine qui vivent aux US ou en Europe et qui viennent en visite. Et c bcp plus sûr que damas ou Bagdad
faut avoir envie quand même, putain de vacances !
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